04 février 2009
Ainsi soit il
C'est une nouvelle que j'ai écris et qui a été publié il y a déjà quelque mois dans Amina (Magazine de la femme africaine et antillaise). Lisez la et dites moi ce que vous en pensez.
Ainsi soit il est peut être une histoire imaginée mais ce n'est pas une fiction qui ne se traduit pas dans la réalité. Il s'agit de ces femmes qui voient leur fils s'en aller, quitter un bonheur dont ils n'ont pas conscience pour rejoindre un occident qui ne leur apportera que désillusions. Face à leur impuissance, "ainsi soit il" est le seul mot qu'elle puisse prononcer. Reverront-elles un jour leur progénitures? Dieu seul le sait...
Pourquoi le seigneur lui envoyait il encore une telle épreuve ? Qu’avait-elle donc fait pour mériter à chaque fois le même sort ? Son mari était mort beaucoup trop tôt. Son fils ainé venait aussi de mourir. Et aujourd’hui voilà que son petit dernier être, celui auquel elle avait décidé de se consacrer corps et âme, voulait aussi la quitter…
Raynatou Haïdara était
originaire de la ville de Tahoua
au Niger. Ses parents avait fuit la famine qui y sévissait et s’étaient
installés à Léré, un village situé dans la région de Tombouctou au Mali.
Elle était enfant unique, sa mère ayant contracté
une infection durant son accouchement n’avait pas pu lui donner des frères et
sœurs. Ce qui n’était pas mal d’ailleurs car une grande famille aurait été
beaucoup trop compliquée à entretenir vu la rareté des ressources dont
disposaient ses parents.
Au Mali, ils n’étaient pas plus riches mais grâce à l’hospitalité des villageois, son père avait pu obtenir un petit lopin de terre, sur lequel il cultivait le mil et quelques produits vivriers dont la moitié était destinée à leur consommation personnelle, l’autre étant revendue au marché qui avait lieu chaque fin de saison en ville.
Il y avait un lac, dans
le village, derrière la concession du chef du village. Chaque après midi,
Raynatou allait s’assoir dans l’herbe fraiche à ses alentours et méditait.
C’était un lieu que personne ne fréquentait. Les femmes et les enfants du
village préféraient aller vers le fleuve Niger qui traversait le village
jusqu’à Tombouctou.
Ce jour là, après avoir vaquée à ses tâches
quotidiennes, elle s’était rendue à son endroit secret. Quelque minute plus
tard, elle sentit la terre trembler sous elle. C’était des cavaliers qui se
dirigeaient à vive allure vers la concession du chef, elle n’eût pas le temps
de se cacher derrière les buissons quand l’un d’entre eux l’aperçut et se
dirigea rapidement vers elle. C’était un garde du chef, elle le reconnaissait
car il passait pour le chasseur le plus habile du village. Il la regarda un moment
puis lui demanda :
- Que fais-tu là ?
Elle n’avait pas peur, ses parents lui avaient
toujours enseigné qu’elle ne devait craindre qu’Allah et que les Hommes, ses
simples créatures ne pouvaient rien contre elle. Elle soutenu donc le regard du
garde et lui répondit simplement :
- Rien !
- Ne sais tu pas qu’il est interdit de s’aventurer
aux alentours de la maison du chef?
- Personne ne vient jamais ici, je suis sure qu’il
n’a même pas le temps de savoir que ce lac existe
Il éclata de rire amusé par l’audace de cette belle
jeune fille car il fallait le dire, Raynatou n’avait rien à envier aux autres
femmes. Elle était grande et élancée comme toute bonne peule. Elle avait un
teint clair et éclatant car son grand père maternel était berbère. Elle avait aussi
une petite brèche inter dentaire qui lui donnait un air assez puéril
lorsqu’elle s’exprimait.
- Viens je t’emmène
- Non merci, je peux rentrer toute seule
- Je sais, mais c’était un ordre, pas une
proposition
Obligée de se plier, elle monta sur le cheval et
s’accrocha à lui. Comme un éclair il fonça vers le village et la déposa devant
chez elle.
- Comment t’appelles-tu?
- Raynatou et toi?
Il hésita un court instant puis lui répondit :
- Je me nomme Omar et nous serons amenés à nous
revoir très bientôt Raynatou…
Elle avait dix huit ans
lorsqu’elle l’épousa. Omar lui plaisait et c’était réciproque, elle ne fit donc
pas de difficultés quand la demande en mariage lui fut faite.
Quelques mois après son mariage, elle donna
naissance à un garçon qu’ils appelèrent Cheick. Quatre ans plus tard, elle
accoucha d’un autre garçon qui fut appelé Souleymane.
Omar adorait ses enfants, il voyait en Cheick son
successeur dans le domaine de la chasse et voulait le rendre meilleur que lui.
Tous les matins et les après midi, il l’arrachait aux bras de sa mère et allait
avec lui en forêt.
Un jour qu’elle sortait le bétail du pâturage, elle
vit son fils revenir tout seul vers la maison galopant comme un guerrier.
« A treize ans, il promet! » se dit-elle intérieurement en souriant.
Mais pourquoi était-il sans son père ? Elle décida d’aller à sa rencontre
mais il allait tellement vite qu’il ne la remarqua même pas. Il s’en fallut de
peu pour qu’il ne l’écrase.
Il était couvert de sang et tremblait de tout son
corps
- Qu’as-tu ? dit elle en se précipitant sur lui pour
le débarbouiller
Il était tellement choqué qu’il ne put prononcer
qu’un seul mot
- Papa…
Elle comprit toute de suite qu’il était arrivé
quelque chose à son mari et se mit à hurler tant et si bien que presque tout
les villageois accoururent auprès d’elle. Les hommes décidèrent d’organiser une
battue pour aller chercher Omar mais quand ils demandèrent à Cheick l’endroit
où ils étaient allés, il se contentait de regarder dans le vide sans
répondre... Ils y allèrent et revinrent avec le corps sans vie de son époux.
C’est comme si le cœur de Raynatou explosait dans sa
poitrine, elle criait, hurlait mais aucun de ses gestes n’arrivaient réellement
à faire ressortir toute la souffrance qu’elle ressentait alors.
On ne sut jamais ce qui c’était vraiment passé. Omar semblait avoir été attaqué par un animal sauvage mais Cheick ne pu jamais raconter l’histoire…
Lors de ses quatorze
ans, Cheick décida d’aller à l’école à Tombouctou, Raynatou ne savait pas trop
à quoi cela lui servirait mais il y tenait alors elle ne l’empêcha pas d’y
aller. Il était assidu et prenait son travail scolaire tellement à cœur qu’il
lui arrivait de répondre en français à sa mère quand celle-ci lui parlait en
peul.
Souleymane, pour qui Cheick remplaçait le père qu’il
n’avait pas suffisamment connu, le suivait souvent à l’école et prenait des
cours avec lui.
Un jour, Cheick vint annoncer qu’il avait décidé
d’aller en France.
- Pour y faire quoi ?
- Je veux gagner
beaucoup d’argent et te rendre heureuse
- Je ne suis pas
malheureuse et tu penses que t’occuper du bétail et du champ que ton père nous
a laissé, ce n’est pas déjà exercer une activité qui nous rapporte?
- Non ce n’est pas
assez important, et ce n’est pas en restant ici que je réussirais à réaliser
mes ambitions
Raynatou- c’était l’une
des conséquences de la mort d’Omar- n’avait pas avoir assez de fermeté pour
s’opposer aux désirs de ses enfants. Cheick était un homme, elle ne pouvait pas
l’empêcher de s’en aller…
- Ainsi soit-il.
Pendant
des années, qui lui parurent une éternité, elle n’eût pas de nouvelles de son
fils. Il ne lui écrivit jamais. Souleymane qu’elle avait décidé d’enlever de
l’école, savait déjà lire et parler le français, il aurait donc pu lui traduire
des lettres… mais Cheick semblait avoir oublié sa famille.
Il revint un jour
beaucoup plus mal qu’autre chose. Amaigri, il avait le même regard terne du
jour de la mort de son père. Il fumait maintenant quelque chose qu’il appelait
«cigarette» et toussait tout le temps. Croyant voir une fois du sang, elle
l’interrogea sur ce point, mais il se contenta de sourire et de lui dire de ne
pas s’inquiéter.
Cheick fut saisi un
jour d’une quinte de toux qui semblait ne plus vouloir s’arrêter et il
s’écroula pour ne plus jamais se relever. Il avait un cancer du poumon et le
médecin à Tombouctou avoua à Raynatou qu’il était condamné depuis longtemps.
Elle essaya donc tant
bien que mal de raisonner son dernier fils.
- Tu veux donc
m’abandonner ?
- Non, mais je veux
terminer ce que mon frère n’a pas pu faire
- Mais les blancs ne
veulent pas de vous là-bas! Ils te tueront comme ils l’ont tué et moi aussi je
n’aurais plus qu’à mourir! C’est ce que tu veux?
- Il m’a bien parlé de ce pays tu sais… J’éviterais
les pièges que lui n’a pas pu écarter de son chemin. Mère, tu verras, tu
n’auras plus jamais besoin de rien, ni de travailler
- Mais je ne veux rien! N’essaie pas de me dire que
c’est pour moi que tu veux aussi t’en aller. Dieu m’a permis de survivre à la
famine au Niger pour venir vivre ici. J’ai toujours eu une vie simple sans
contrariété, j’ai tout fait pour que vous ne manquiez de rien. Tu manges à ta
faim, tu as une case à toi où dormir, tu seras bientôt fiancé, moi ta mère, je
suis là, toujours prête pour toi. Que veux-tu de plus?
- Je veux partir en France, connaître la modernité,
Cheick m’a dit que ça n’avait rien à voir avec notre village qui leur parait
pitoyable tellement ils vivent comme des Dieux. Je suis fatigué de garder du
bétail toute la journée. Je veux être comme le docteur qui est à Tombouctou. Tu
ne vois pas ? Il est assis toute la journée dans un bureau et ne se contente
que d’établir des certificats de décès.
Ce pays était l’enfer sur terre. Cheick y avait eu
une maladie que jamais il n’aurait contractée s’il était resté près d’elle. Il
y avait vécu très longtemps et s’il y avait été heureux, jamais il ne se serait
auto détruit comme il l’avait fait. Si ce n’était pas qu’il y vivait comme un
miséreux, pourquoi ne leur avait il jamais écrit ne serait qu’une seule
lettre ? Sinon en raison de sa honte de n’avoir pas pu y réaliser quoi que
ce soit ? Et de devoir mentir à sa famille ?
Souleymane était naïf et n’avait pas assez réfléchi.
Il s’était contenté des quelques bons souvenirs d’aventures que son frère avait
pu lui raconter pour se forger une opinion et tenter la même chose.
- Ainsi soit-il
16 décembre 2008
Mon admiration
C'est une véritable intellectuelle. Je l'admire beaucoup et j'espère vraiment un jour comme elle acquérir autant de savoir et pouvoir le transmettre pour mon continent.
Aminata Sow Fall, née en 1941 à Saint Louis, est une écrivaine sénégalaise.
Après plusieurs années au lycée Faidherbe de Saint-Louis, Aminata Sow Fall termine son éducation secondaire au lycée Van Vollenhoven – aujourd'hui lycée Lamine Guèye – à Dakar. Par la suite elle entame une licence de lettres modernes en France.
Après son mariage en 1963 elle rentre au Sénégal pour d’abord se dédier à l’enseignement, puis prendre une fonction au sein d’une Commission nationale de réforme de l’enseignement du français.
De 1979 à 1988 directrice des Lettres et de la propriété intellectuelle au ministère de la Culture, et du Centre d’études et de civilisations, lui sont également à attribuer des mérites autour de la fondation de la maison d’édition Khoudia, du Centre africain d’animation et d’échanges culturels, du Bureau africain pour la défense des libertés de l’écrivain à Dakar et du Centre international d’études, de recherches et de réactivation sur la littérature, les arts et la culture à Saint-Louis.
Plusieurs Universités l’ont dotée d’un titre de docteur honoris causa. En général bâties sur un fond de contrastes et de conflits sociaux résultant de la coexistence des cultures et valeurs traditionnelles et occidentales, ses œuvres vivent principalement de l’ironie exprimée par le langage et les réflexions du point de vue du narrateur.
Œuvres
* Le Revenant, Roman, 1976
* La Grève des Bàttu, 1979 –: Porté à l’écran par Cheick Oumar Sissoko en 2000 produit par Emet Films - Producteur : Patrick Young
La Politique Moderne et son Orientation de préserver les Apparences se heurtant au rites traditionnelles et religieux autour de l’aumône aux dépourvus
* L’Appel des arènes, 1982 : Distancé de la famille et des valeurs traditionnelle après des études à l’étranger un couple redécouvre ces racines culturelles à travers sa progéniture –: Porté à l’écran par Cheikh N'Diaye en 2006 produit par Sira Badral - Producteur : Cheikh N'Diaye
* Ex-Père de la Nation, 1987 : L’échec d’un politicien idéaliste, qui voit son rôle en Père de la Nation, face aux réalités sociales et économiques. Les conséquences sont la transition de son régime en dictature, puis finalement sont renversement dans le sang – Résumée du point de vue de l’(ex-)dirigeant
* Le Jujubier du patriarche, 1993
* Douceurs du bercail, 1998
* Un grain de vie et d’espérance, 2002 : Réflexion sur l’art de manger et la nourriture au Sénégal, suivi d’une vingtaine de recettes proposées par Margo Harley
* Festin de détresse, 2005
04 décembre 2008
La sensibilté dans toute sa dimension
Abdoulaye Sadji est un écrivain Sénégalais né à Rufisque en 1910 et mort à Rufisque le 25 décembre 1961.Son père, Demba Sadj, marabout et convertisseur, est d'origine Sérère et sa mère Oumy Diouf est issue d'une famille musulmane léboue ancrée dans la tradition animiste.
Après des études coraniques, il rejoint les bancs de l'école française à l'âge de onze ans, puis fréquente le Lycée Faidherbe avant d'intégrer l'école William Ponty. Il devient en 1929 un des premiers instituteurs africains et exerce en Casamance , à Thiès, Louga, Dakar et Rufisque, où il occupe ensuite le poste de directeur d'école et d'inspecteur Primaire de 1959 à sa mort, en 1961 . En 1932 il défie les autorités coloniales en devenant le deuxième bachelier sénégalais.
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Abdoulaye Sadji se lance dans le combat pour l'indépendance de son pays et devient un des pionniers de la Négritude. Loin de la "Négritude du Quartier Latin" il pratique la "Négritude intérieure", et c'est à ce titre que Léopold Sédar Senghor dit de lui: “(...) Abdoulaye Sadji appartient, comme Birago Diop, au groupe des jeunes gens, qui, dans les années 1930, lança le mouvement de la Négritude. Abdoulaye Sadji n'a pas beaucoup théorisé sur la Négritude: il a fait mieux, il a agi par l'écriture. Il fut l'un des premiers jeunes Sénégalais, entre les deux guerres mondiales, à combattre la thèse de l'assimilation et la fausse élite des 'évolués'. Il a, pour cela, multiplié, au-delà des discussions, articles et conférences”
Son œuvre compte entre autres des articles dans présence africaine , Paris-Dakar et dans de nombreuses revues africaines. Il est également l'auteur d'essais et de contes tels que Tounka (1952), Modou Fatim (1960)ou encore Leuk-Le-Lièvre (1953), en collaboration avec Léopold Sédar Senghor (qui en assure la partie grammaticale). Ces ouvrages témoignent de son attachement et de son intérêt pour la culture africaine.
Ses ouvrages les plus connus et les plus étudiés demeurent Maïmouna (1953) et Nini la mulâtresse du Sénégal (1954). Deux romans qui relatent le parcours de jeunes femmes africaines qui, à l'image d'un continent en transition, connaissent espoir, doutes et désillusions. Dans ces deux ouvrages, Sadji se livre à une analyse sans complaisance de la société africaine. Il n'en est pas moins un ardent défenseur de son pays et de sa culture (notamment par la création de la première station radio en langue nationale). Cette culture, il la veut perméable et ouverte sur les autres civilisations. En témoignent sa germanophilie (inédite pour lépoque) et le syncrétisme religieux qu'il a défendu et vécu, au grand dam de l'élite religieuse sénégalaise.
Tout ceci fait de Sadji un adepte de l'intellection vécue plutôt que feinte et un homme de lettres atypique, souvent en contradiction avec l'idéologie de l'époque.
Maïmouna
Abdoulaye Sadji, est un auteur très sensible je pourrai le dire. Il écrit avec une telle simplicité, il décrit avec une telle aisance la société sénégalaise que l'on s'imaginerait vivre en son sein tout au long de la lecture de ses œuvres.
Auteur: Abdoulaye Sadji
Édition: Présence Africaine
Remarques:Maïmouna est une enfant de l'Afrique paysanne, séduite puis finalement meurtrie par la grande ville. Jolie, innocente, rêveuse, Dakar an fera une victime. Elle reviendra panser ses blessures au pays, auprès de sa vieille mère, mieux armée pour consentir aux vertus des gens simples.
À travers l'émouvante histoire de Maïmouna, ce sont deux mondes, deux façons de vivre, Jeux morales, deux visages de l'Afrique qu'Abdoulaye Sadji, romancier sensible et lucide, dévoile.
Avis: J'ai bien aimé ce roman. j'ai eu à le lire dans le cadre de mon cursus scolaire en classe de 4ème. Je l'avoue je n'avais pas bien compris le sens de ce roman mais en prenant de la maturité je me suis rendu compte qu'Abdoulaye Sadji voulait montrer à tous les Africains qu'ils vivent en ville ou en campagne, d'être fiers de la vie qu'il mène, de ne pas essayer de ressembler forcément aux occidentaux en prenant leurs habitudes, leurs rythmes de vie, en voulant forcément être "civilisés" comme ils le disent car les conséquences risquent d'être désastreuses pour nous.
19 octobre 2008
Le monde s'effondre (Things fall apart)
Chinua Achebe fait partie de nos meilleurs auteurs, c'est vrai que n'ai pas eu l'occasion de lire d'autres œuvres de lui mais le monde s'effondre est un chef d'œuvre tel que je ne doute pas de la capacité de cet auteur à nous faire apprécier ses écrits.
Nom: Le monde s'effondre
Édition: Présence Africaine
Remarques: Destruction de la vie tribale à la fin du siècle dernier par suite de l'arrivée des Européens; tragédie d'un homme dont toute la vie a tendu à devenir l'un des personnages les plus importants de son clan mais qui finit de la façon la plus misérable ; conversion au christianisme - cette abomination - de son fils qu'a éloigné de la vie ancestrale un rite cruel et sanguinaire dont a été victime son meilleur ami d'enfance; vie quotidienne des femmes et des enfants d'un village de la forêt qui, presque totalement coupé du monde extérieur, pouvait se croire «le» monde avec ses dieux et ses ancêtres, ses coutumes et ses interdits, l'inépuisable littérature orale de ses contes et de ses proverbes ; voilà quelques-uns des thèmes d'un roman qui est sans doute l'un des plus riches et des plus pondérés que nous ait donnés l'Afrique Noire.
Avis: J'ai vraiment apprécié ce livre, il ne montre comment il n'était pas facile pour nous les africains de renoncer à nos traditions qui n'étaient pas toujours positives... Chinua Achebe montre par ailleurs comment la colonisation nous a détruit au plus profond de nous même.
Le talent... toujours le talent
Albert Chinualumogu Achebe (Il changera son prénom au cours de ses études pour un prénom ibo classique) est né le 16 novembre 1930 à Ogidi, dans l’est du Nigeria Il est le cinquième de six enfants.
Bon élève, Achebe obtient une bourse et continue ensuite ses études au "Government college" d’Umuahia (une ville qui figurera souvent dans ses livres) de 1944 à 1947, puis à l’université d’Ibadan de 1948 à 1953, année où il obtient son BA (l’équivalent d’une maîtrise dans le système français). Avant d’entrer à La Nigerian Broadcasting Corporation (NBC), Achebe effectue quelques voyages en Afrique et aux États-Unis et travaille quelque temps comme professeur d'anglais. Il suit une formation à la BBC et commença à travailler à la NBC en 1954. En 1958, il écrit son premier roman, "Things fall apart" (Le monde s’effondre).
Il sera en 1972 rédacteur en chef du périodique Obike. En 1987, le dirigeant de l’un des principaux partis du Nord musulman lui demande d’être son adjoint. Il accepte uniquement pour montrer aux
gens qu’il est possible, venant de l’est du pays, d’adhérer un parti du
Nord, dirigé par un mollah
Il fut professeur à de nombreuses universités anglaises, américaines et nigérianes.
En 1990, un accident le cloue dans un fauteuil roulant. Il rencontrera Nelson Mandela. En 2002 il reçoit le prix de la paix des libraires allemands.
L'Afrique coloniale et la politique l'ont marqué. Il décrit dans ses œuvres les Africains tels qu'il les voit et non de manière raciste comme beaucoup d'autres l'on fait dans la littérature . Il analyse les sentiments mêlés des Nigérians face à leurs anciennes croyances et coutumes et aux nouvelles.
Il est probablement le plus célèbre auteur africain à écrire en langue anglaise. Cela lui vaudra à plusieurs reprises une nomination pour le prix Nobel , qu'il n'obtint jamais.
17 octobre 2008
L'intelligence du Congo
Patrice Émery Lumumba (2 juillet 1925 - 17 janvier 1961) Il est l'une des figures qui a permis au Congo d'acquérir son indépendance. Il a aussi été assassiné car ses discours dérangeaient. En quoi prôner notre liberté, notre union, notre développement méritait il de lui donner la mort?
"l'unité africaine
tant souhaitée aujourd'hui par tous ceux qui se soucient de l'avenir
de ce continent, ne sera possible et ne pourra se réaliser que si
les hommes politiques et les dirigeants de nos pays respectifs font preuve
d'un esprit de solidarité, de concorde et de collaboration fraternelle
dans la poursuite du bien commun de nos populations."
"Nous avons longtemps souffert et nous voulons respirer aujourd'hui l'air de la liberté. Le Créateur nous a donné cette portion de la terre qu'est le continent africain; elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C'est notre droit de faire de ce continent un continent de la justice, du droit et de la paix."
"Nous avons une culture propre, des valeurs morales et artistiques inestimables, un code de savoir-vivre et des modes de vie propres. Toutes ces beautés africaines doivent être développées et préservées avec jalousie. Nous prendrons dans la civilisation occidentale ce qui est bon et beau et rejetterons ce qui ne nous convient pas. Cet amalgame de civilisation africaine et européenne donnera à l'Afrique une civilisation d'un type nouveau, une civilisation authentique correspondant aux réalités africaines. "
16 octobre 2008
Le panafricaniste du Ghana
Kwame Nkrumah (21 septembre 1909 - 27 avril 1972) Voici encore une de nos intelligences! Ce que j'admire chez cet homme c'est qu'il n'avait pas la volonté de construire uniquement le Ghana mais l'Afrique toute entière, il parlait constamment des "États-unies d'Afrique" Malheureusement ses idées aussi importantes soient elles pour notre continent, sont mortes avec lui.
"Divisés nous sommes faibles. Unie, l’Afrique pourrait devenir, et pour de bon, une des plus grandes forces de ce monde. Je suis profondément et sincèrement persuadé qu’avec notre sagesse ancestrale et notre dignité, notre respect inné pour la vie humaine, l’intense humanité qui est notre héritage, la race Africaine, unie sous un gouvernement fédéral, émergera non pas comme un énième bloc prompt à étaler sa richesse et sa force, mais comme une Grande Force dont la Grandeur est indestructible parce qu’elle est bâtie non pas sur la terreur, l’envie et la suspicion, ni gagnée aux dépends des autres, mais basée sur l’espoir, la confiance, l’amitié, et dirigée pour le bien de toute l’Humanité ."
"Nous redédions
maintenant notre action à la lutte pour émanciper les autres pays car
l’indépendance du Ghana n’a aucun sens, tant qu’elle n’est pas liée à une
libération totale du continent africain."
L'incompris de la Guinée
Sékou Touré (9 janvier 1922 - 26 mars 1984) La première remarque à faire le concernant c'est qu'il y a très peu ou pratiquement pas d'écrit qui parlerait en bien de cet homme. Je me permet quand même d'émettre des réserves sur son côté dictateur, je pense que ce sont les circonstances ou son entourage qui l'ont peut être amené à commettre certaines exactions. Reconnaissons lui quand même un mérite c'est d'avoir dit "non" en 1958 au Général De Gaulle à l'union partenariat avec la France. Bref, mon rôle n'est pas de critiquer, je me contente juste de relever certains aspects de ses discours qui ont été et demeure imporant pour nous:
" Il n'y a pas de Dignité sans Liberté, car tout assujettissement, toute contrainte imposée et subie dégrade celui sur qui elle pèse, lui retire une part de sa qualité d'Homme et en fait arbitrairement un être inférieur. Nous préférons la Pauvreté dans la Liberté à l’Opulence dans l'esclavage."
"Le pauvre ne peut prétendre qu'à s'enrichir et rien n'est plus naturel que de vouloir effacer toutes les inégalités et toutes les injustices. Ce besoin d'égalité et de justice nous le portons d'autant plus profondément en nous, que nous avons été plus durement soumis à l'injustice et à l'inégalité."
"L'Afrique - Noire n'est pas différente en cela de toute autre société ou de tout autre peuple. Selon nos voies propres, nous entendons nous acheminer vers notre bonheur et cela avec d'autant plus de volonté et de détermination que nous connaissons la longueur du chemin que nous avons à parcourir."
L'homme Intègre du Burkina Faso
Thomas Sankara (21 décembre 1949 - 15 octobre 1987) que vous dire de lui? J'ai eu l'occasion de voir un documentaire sur lui et je vous assure que ses discours étaient d'une réalité inimaginable! Si nos dirigeants mettaient en pratique tout ce qu'il préconisait je vous promet que l'Afrique serait au sommet aujourd'hui. Il a été tué pour ce qu'il incarnait et c'est dommage pour nous.
Voici quelques extraits de ses discours afin que vous vous rendez compte que nous avons perdu quelqu'un qui aurait pu nous apporter ce dont nous avons vraiment besoin en Afrique:
"Lorsque le peuple se met debout, l'impérialisme tremble (...) Il tremble parce qu’il a peur, il tremble parce qu’ici à Ouagadougou même, nous allons l’enterrer..."
"Les ennemis du peuple, c'est encore cette fraction de la bourgeoisie qui s'enrichit malhonnêtement par la fraude, par la corruption, par le pourrissement des agents de l'État..."
" La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins."
" Tant qu’il y aura l’oppression et l’exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités"
