04 février 2009
Ainsi soit il
C'est une nouvelle que j'ai écris et qui a été publié il y a déjà quelque mois dans Amina (Magazine de la femme africaine et antillaise). Lisez la et dites moi ce que vous en pensez.
Ainsi soit il est peut être une histoire imaginée mais ce n'est pas une fiction qui ne se traduit pas dans la réalité. Il s'agit de ces femmes qui voient leur fils s'en aller, quitter un bonheur dont ils n'ont pas conscience pour rejoindre un occident qui ne leur apportera que désillusions. Face à leur impuissance, "ainsi soit il" est le seul mot qu'elle puisse prononcer. Reverront-elles un jour leur progénitures? Dieu seul le sait...
Pourquoi le seigneur lui envoyait il encore une telle épreuve ? Qu’avait-elle donc fait pour mériter à chaque fois le même sort ? Son mari était mort beaucoup trop tôt. Son fils ainé venait aussi de mourir. Et aujourd’hui voilà que son petit dernier être, celui auquel elle avait décidé de se consacrer corps et âme, voulait aussi la quitter…
Raynatou Haïdara était
originaire de la ville de Tahoua
au Niger. Ses parents avait fuit la famine qui y sévissait et s’étaient
installés à Léré, un village situé dans la région de Tombouctou au Mali.
Elle était enfant unique, sa mère ayant contracté
une infection durant son accouchement n’avait pas pu lui donner des frères et
sœurs. Ce qui n’était pas mal d’ailleurs car une grande famille aurait été
beaucoup trop compliquée à entretenir vu la rareté des ressources dont
disposaient ses parents.
Au Mali, ils n’étaient pas plus riches mais grâce à l’hospitalité des villageois, son père avait pu obtenir un petit lopin de terre, sur lequel il cultivait le mil et quelques produits vivriers dont la moitié était destinée à leur consommation personnelle, l’autre étant revendue au marché qui avait lieu chaque fin de saison en ville.
Il y avait un lac, dans
le village, derrière la concession du chef du village. Chaque après midi,
Raynatou allait s’assoir dans l’herbe fraiche à ses alentours et méditait.
C’était un lieu que personne ne fréquentait. Les femmes et les enfants du
village préféraient aller vers le fleuve Niger qui traversait le village
jusqu’à Tombouctou.
Ce jour là, après avoir vaquée à ses tâches
quotidiennes, elle s’était rendue à son endroit secret. Quelque minute plus
tard, elle sentit la terre trembler sous elle. C’était des cavaliers qui se
dirigeaient à vive allure vers la concession du chef, elle n’eût pas le temps
de se cacher derrière les buissons quand l’un d’entre eux l’aperçut et se
dirigea rapidement vers elle. C’était un garde du chef, elle le reconnaissait
car il passait pour le chasseur le plus habile du village. Il la regarda un moment
puis lui demanda :
- Que fais-tu là ?
Elle n’avait pas peur, ses parents lui avaient
toujours enseigné qu’elle ne devait craindre qu’Allah et que les Hommes, ses
simples créatures ne pouvaient rien contre elle. Elle soutenu donc le regard du
garde et lui répondit simplement :
- Rien !
- Ne sais tu pas qu’il est interdit de s’aventurer
aux alentours de la maison du chef?
- Personne ne vient jamais ici, je suis sure qu’il
n’a même pas le temps de savoir que ce lac existe
Il éclata de rire amusé par l’audace de cette belle
jeune fille car il fallait le dire, Raynatou n’avait rien à envier aux autres
femmes. Elle était grande et élancée comme toute bonne peule. Elle avait un
teint clair et éclatant car son grand père maternel était berbère. Elle avait aussi
une petite brèche inter dentaire qui lui donnait un air assez puéril
lorsqu’elle s’exprimait.
- Viens je t’emmène
- Non merci, je peux rentrer toute seule
- Je sais, mais c’était un ordre, pas une
proposition
Obligée de se plier, elle monta sur le cheval et
s’accrocha à lui. Comme un éclair il fonça vers le village et la déposa devant
chez elle.
- Comment t’appelles-tu?
- Raynatou et toi?
Il hésita un court instant puis lui répondit :
- Je me nomme Omar et nous serons amenés à nous
revoir très bientôt Raynatou…
Elle avait dix huit ans
lorsqu’elle l’épousa. Omar lui plaisait et c’était réciproque, elle ne fit donc
pas de difficultés quand la demande en mariage lui fut faite.
Quelques mois après son mariage, elle donna
naissance à un garçon qu’ils appelèrent Cheick. Quatre ans plus tard, elle
accoucha d’un autre garçon qui fut appelé Souleymane.
Omar adorait ses enfants, il voyait en Cheick son
successeur dans le domaine de la chasse et voulait le rendre meilleur que lui.
Tous les matins et les après midi, il l’arrachait aux bras de sa mère et allait
avec lui en forêt.
Un jour qu’elle sortait le bétail du pâturage, elle
vit son fils revenir tout seul vers la maison galopant comme un guerrier.
« A treize ans, il promet! » se dit-elle intérieurement en souriant.
Mais pourquoi était-il sans son père ? Elle décida d’aller à sa rencontre
mais il allait tellement vite qu’il ne la remarqua même pas. Il s’en fallut de
peu pour qu’il ne l’écrase.
Il était couvert de sang et tremblait de tout son
corps
- Qu’as-tu ? dit elle en se précipitant sur lui pour
le débarbouiller
Il était tellement choqué qu’il ne put prononcer
qu’un seul mot
- Papa…
Elle comprit toute de suite qu’il était arrivé
quelque chose à son mari et se mit à hurler tant et si bien que presque tout
les villageois accoururent auprès d’elle. Les hommes décidèrent d’organiser une
battue pour aller chercher Omar mais quand ils demandèrent à Cheick l’endroit
où ils étaient allés, il se contentait de regarder dans le vide sans
répondre... Ils y allèrent et revinrent avec le corps sans vie de son époux.
C’est comme si le cœur de Raynatou explosait dans sa
poitrine, elle criait, hurlait mais aucun de ses gestes n’arrivaient réellement
à faire ressortir toute la souffrance qu’elle ressentait alors.
On ne sut jamais ce qui c’était vraiment passé. Omar semblait avoir été attaqué par un animal sauvage mais Cheick ne pu jamais raconter l’histoire…
Lors de ses quatorze
ans, Cheick décida d’aller à l’école à Tombouctou, Raynatou ne savait pas trop
à quoi cela lui servirait mais il y tenait alors elle ne l’empêcha pas d’y
aller. Il était assidu et prenait son travail scolaire tellement à cœur qu’il
lui arrivait de répondre en français à sa mère quand celle-ci lui parlait en
peul.
Souleymane, pour qui Cheick remplaçait le père qu’il
n’avait pas suffisamment connu, le suivait souvent à l’école et prenait des
cours avec lui.
Un jour, Cheick vint annoncer qu’il avait décidé
d’aller en France.
- Pour y faire quoi ?
- Je veux gagner
beaucoup d’argent et te rendre heureuse
- Je ne suis pas
malheureuse et tu penses que t’occuper du bétail et du champ que ton père nous
a laissé, ce n’est pas déjà exercer une activité qui nous rapporte?
- Non ce n’est pas
assez important, et ce n’est pas en restant ici que je réussirais à réaliser
mes ambitions
Raynatou- c’était l’une
des conséquences de la mort d’Omar- n’avait pas avoir assez de fermeté pour
s’opposer aux désirs de ses enfants. Cheick était un homme, elle ne pouvait pas
l’empêcher de s’en aller…
- Ainsi soit-il.
Pendant
des années, qui lui parurent une éternité, elle n’eût pas de nouvelles de son
fils. Il ne lui écrivit jamais. Souleymane qu’elle avait décidé d’enlever de
l’école, savait déjà lire et parler le français, il aurait donc pu lui traduire
des lettres… mais Cheick semblait avoir oublié sa famille.
Il revint un jour
beaucoup plus mal qu’autre chose. Amaigri, il avait le même regard terne du
jour de la mort de son père. Il fumait maintenant quelque chose qu’il appelait
«cigarette» et toussait tout le temps. Croyant voir une fois du sang, elle
l’interrogea sur ce point, mais il se contenta de sourire et de lui dire de ne
pas s’inquiéter.
Cheick fut saisi un
jour d’une quinte de toux qui semblait ne plus vouloir s’arrêter et il
s’écroula pour ne plus jamais se relever. Il avait un cancer du poumon et le
médecin à Tombouctou avoua à Raynatou qu’il était condamné depuis longtemps.
Elle essaya donc tant
bien que mal de raisonner son dernier fils.
- Tu veux donc
m’abandonner ?
- Non, mais je veux
terminer ce que mon frère n’a pas pu faire
- Mais les blancs ne
veulent pas de vous là-bas! Ils te tueront comme ils l’ont tué et moi aussi je
n’aurais plus qu’à mourir! C’est ce que tu veux?
- Il m’a bien parlé de ce pays tu sais… J’éviterais
les pièges que lui n’a pas pu écarter de son chemin. Mère, tu verras, tu
n’auras plus jamais besoin de rien, ni de travailler
- Mais je ne veux rien! N’essaie pas de me dire que
c’est pour moi que tu veux aussi t’en aller. Dieu m’a permis de survivre à la
famine au Niger pour venir vivre ici. J’ai toujours eu une vie simple sans
contrariété, j’ai tout fait pour que vous ne manquiez de rien. Tu manges à ta
faim, tu as une case à toi où dormir, tu seras bientôt fiancé, moi ta mère, je
suis là, toujours prête pour toi. Que veux-tu de plus?
- Je veux partir en France, connaître la modernité,
Cheick m’a dit que ça n’avait rien à voir avec notre village qui leur parait
pitoyable tellement ils vivent comme des Dieux. Je suis fatigué de garder du
bétail toute la journée. Je veux être comme le docteur qui est à Tombouctou. Tu
ne vois pas ? Il est assis toute la journée dans un bureau et ne se contente
que d’établir des certificats de décès.
Ce pays était l’enfer sur terre. Cheick y avait eu
une maladie que jamais il n’aurait contractée s’il était resté près d’elle. Il
y avait vécu très longtemps et s’il y avait été heureux, jamais il ne se serait
auto détruit comme il l’avait fait. Si ce n’était pas qu’il y vivait comme un
miséreux, pourquoi ne leur avait il jamais écrit ne serait qu’une seule
lettre ? Sinon en raison de sa honte de n’avoir pas pu y réaliser quoi que
ce soit ? Et de devoir mentir à sa famille ?
Souleymane était naïf et n’avait pas assez réfléchi.
Il s’était contenté des quelques bons souvenirs d’aventures que son frère avait
pu lui raconter pour se forger une opinion et tenter la même chose.
- Ainsi soit-il
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