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J'ai une passion, c'est la lecture et j'aime en particulier la littérature africaine c'est pur, c'est fort, c'est tout un art... La musique, ses hommes d'Afrique qui nous ont marqué, venez les découvrir, venez voir que les mots ne sont pas vains pour nous!

04 février 2009

Ainsi soit il

med_soleil_couchant_sur_le_niger_visoterra_16166 C'est une nouvelle que j'ai écris et qui a été publié il y a déjà quelque mois dans Amina (Magazine de la femme africaine et antillaise). Lisez la et dites moi ce que vous en pensez.

Ainsi soit il est peut être une histoire imaginée mais ce n'est pas une fiction qui ne se traduit pas dans la réalité. Il s'agit de ces femmes qui voient leur fils s'en aller, quitter un bonheur dont ils n'ont pas conscience pour rejoindre un occident qui ne leur apportera que désillusions. Face à leur impuissance, "ainsi soit il" est le seul mot qu'elle puisse prononcer. Reverront-elles un jour leur progénitures? Dieu seul le sait...


Pourquoi le seigneur lui envoyait il encore une telle épreuve ? Qu’avait-elle donc fait pour mériter à chaque fois le même sort ? Son mari était mort beaucoup trop tôt. Son fils ainé venait aussi de mourir. Et aujourd’hui voilà que son petit dernier être, celui auquel elle avait décidé de se consacrer corps et âme, voulait aussi la quitter…


Raynatou Haïdara était originaire de la ville de Tahoua au Niger. Ses parents avait fuit la famine qui y sévissait et s’étaient installés à Léré, un village situé dans la région de Tombouctou au Mali.

Elle était enfant unique, sa mère ayant contracté une infection durant son accouchement n’avait pas pu lui donner des frères et sœurs. Ce qui n’était pas mal d’ailleurs car une grande famille aurait été beaucoup trop compliquée à entretenir vu la rareté des ressources dont disposaient ses parents.

Au Mali, ils n’étaient pas plus riches mais grâce à l’hospitalité des villageois, son père avait pu obtenir un petit lopin de terre, sur lequel il cultivait le mil et quelques produits vivriers dont la moitié était destinée à leur consommation personnelle, l’autre étant revendue au marché qui avait lieu chaque fin de saison en ville.


Il y avait un lac, dans le village, derrière la concession du chef du village. Chaque après midi, Raynatou allait s’assoir dans l’herbe fraiche à ses alentours et méditait. C’était un lieu que personne ne fréquentait. Les femmes et les enfants du village préféraient aller vers le fleuve Niger qui traversait le village jusqu’à Tombouctou.

Ce jour là, après avoir vaquée à ses tâches quotidiennes, elle s’était rendue à son endroit secret. Quelque minute plus tard, elle sentit la terre trembler sous elle. C’était des cavaliers qui se dirigeaient à vive allure vers la concession du chef, elle n’eût pas le temps de se cacher derrière les buissons quand l’un d’entre eux l’aperçut et se dirigea rapidement vers elle. C’était un garde du chef, elle le reconnaissait car il passait pour le chasseur le plus habile du village. Il la regarda un moment puis lui demanda :

- Que fais-tu là ?

Elle n’avait pas peur, ses parents lui avaient toujours enseigné qu’elle ne devait craindre qu’Allah et que les Hommes, ses simples créatures ne pouvaient rien contre elle. Elle soutenu donc le regard du garde et lui répondit simplement : 

- Rien !

- Ne sais tu pas qu’il est interdit de s’aventurer aux alentours de la maison du chef?

- Personne ne vient jamais ici, je suis sure qu’il n’a même pas le temps de savoir que ce lac existe

Il éclata de rire amusé par l’audace de cette belle jeune fille car il fallait le dire, Raynatou n’avait rien à envier aux autres femmes. Elle était grande et élancée comme toute bonne peule. Elle avait un teint clair et éclatant car son grand père maternel était berbère. Elle avait aussi une petite brèche inter dentaire qui lui donnait un air assez puéril lorsqu’elle s’exprimait.

- Viens je t’emmène

- Non merci, je peux rentrer toute seule

- Je sais, mais c’était un ordre, pas une proposition

Obligée de se plier, elle monta sur le cheval et s’accrocha à lui. Comme un éclair il fonça vers le village et la déposa devant chez elle.

- Comment t’appelles-tu?

- Raynatou et toi?

Il hésita un court instant puis lui répondit :

- Je me nomme Omar et nous serons amenés à nous revoir très bientôt Raynatou…

Elle avait dix huit ans lorsqu’elle l’épousa. Omar lui plaisait et c’était réciproque, elle ne fit donc pas de difficultés quand la demande en mariage lui fut faite.

Quelques mois après son mariage, elle donna naissance à un garçon qu’ils appelèrent Cheick. Quatre ans plus tard, elle accoucha d’un autre garçon qui fut appelé Souleymane.

Omar adorait ses enfants, il voyait en Cheick son successeur dans le domaine de la chasse et voulait le rendre meilleur que lui. Tous les matins et les après midi, il l’arrachait aux bras de sa mère et allait avec lui en forêt.

Un jour qu’elle sortait le bétail du pâturage, elle vit son fils revenir tout seul vers la maison galopant comme un guerrier. « A treize ans, il promet! » se dit-elle intérieurement en souriant. Mais pourquoi était-il sans son père ? Elle décida d’aller à sa rencontre mais il allait tellement vite qu’il ne la remarqua même pas. Il s’en fallut de peu pour qu’il ne l’écrase.

Il était couvert de sang et tremblait de tout son corps

- Qu’as-tu ? dit elle en se précipitant sur lui pour le débarbouiller

Il était tellement choqué qu’il ne put prononcer qu’un seul mot

- Papa…

Elle comprit toute de suite qu’il était arrivé quelque chose à son mari et se mit à hurler tant et si bien que presque tout les villageois accoururent auprès d’elle. Les hommes décidèrent d’organiser une battue pour aller chercher Omar mais quand ils demandèrent à Cheick l’endroit où ils étaient allés, il se contentait de regarder dans le vide sans répondre... Ils y allèrent et revinrent avec le corps sans vie de son époux.

C’est comme si le cœur de Raynatou explosait dans sa poitrine, elle criait, hurlait mais aucun de ses gestes n’arrivaient réellement à faire ressortir toute la souffrance qu’elle ressentait alors.

On ne sut jamais ce qui c’était vraiment passé. Omar semblait avoir été attaqué par un animal sauvage mais Cheick ne pu jamais raconter l’histoire…


Lors de ses quatorze ans, Cheick décida d’aller à l’école à Tombouctou, Raynatou ne savait pas trop à quoi cela lui servirait mais il y tenait alors elle ne l’empêcha pas d’y aller. Il était assidu et prenait son travail scolaire tellement à cœur qu’il lui arrivait de répondre en français à sa mère quand celle-ci lui parlait en peul.

Souleymane, pour qui Cheick remplaçait le père qu’il n’avait pas suffisamment connu, le suivait souvent à l’école et prenait des cours avec lui.

Un jour, Cheick vint annoncer qu’il avait décidé d’aller en France.

- Pour y faire quoi ?

- Je veux gagner beaucoup d’argent et te rendre heureuse

- Je ne suis pas malheureuse et tu penses que t’occuper du bétail et du champ que ton père nous a laissé, ce n’est pas déjà exercer une activité qui nous rapporte?

- Non ce n’est pas assez important, et ce n’est pas en restant ici que je réussirais à réaliser mes ambitions

Raynatou- c’était l’une des conséquences de la mort d’Omar- n’avait pas avoir assez de fermeté pour s’opposer aux désirs de ses enfants. Cheick était un homme, elle ne pouvait pas l’empêcher de s’en aller…

 

- Ainsi soit-il.

 

 

Pendant des années, qui lui parurent une éternité, elle n’eût pas de nouvelles de son fils. Il ne lui écrivit jamais. Souleymane qu’elle avait décidé d’enlever de l’école, savait déjà lire et parler le français, il aurait donc pu lui traduire des lettres… mais Cheick semblait avoir oublié sa famille.

Il revint un jour beaucoup plus mal qu’autre chose. Amaigri, il avait le même regard terne du jour de la mort de son père. Il fumait maintenant quelque chose qu’il appelait «cigarette» et toussait tout le temps. Croyant voir une fois du sang, elle l’interrogea sur ce point, mais il se contenta de sourire et de lui dire de ne pas s’inquiéter.

Cheick fut saisi un jour d’une quinte de toux qui semblait ne plus vouloir s’arrêter et il s’écroula pour ne plus jamais se relever. Il avait un cancer du poumon et le médecin à Tombouctou avoua à Raynatou qu’il était condamné depuis longtemps.

Elle n’avait même pas fini le deuil de son fils que Souleymane venait lui dire qu’il voulait suivre l’exemple de son frère. Allait-elle laisser la seule personne qui lui restait encore sur cette terre se faire tuer aussi dans ce pays maudit ? Elle savait très bien qu’il était arrivé là-bas quelque chose à Cheick. S’il avait pu réaliser ce qu’il ambitionnait, jamais il ne serait revenu aussi misérable et mourant de surcroît.

Elle essaya donc tant bien que mal de raisonner son dernier fils. 

- Tu veux donc m’abandonner ?

- Non, mais je veux terminer ce que mon frère n’a pas pu faire

- Mais les blancs ne veulent pas de vous là-bas! Ils te tueront comme ils l’ont tué et moi aussi je n’aurais plus qu’à mourir! C’est ce que tu veux?

- Il m’a bien parlé de ce pays tu sais… J’éviterais les pièges que lui n’a pas pu écarter de son chemin. Mère, tu verras, tu n’auras plus jamais besoin de rien, ni de travailler

- Mais je ne veux rien! N’essaie pas de me dire que c’est pour moi que tu veux aussi t’en aller. Dieu m’a permis de survivre à la famine au Niger pour venir vivre ici. J’ai toujours eu une vie simple sans contrariété, j’ai tout fait pour que vous ne manquiez de rien. Tu manges à ta faim, tu as une case à toi où dormir, tu seras bientôt fiancé, moi ta mère, je suis là, toujours prête pour toi. Que veux-tu de plus?

- Je veux partir en France, connaître la modernité, Cheick m’a dit que ça n’avait rien à voir avec notre village qui leur parait pitoyable tellement ils vivent comme des Dieux. Je suis fatigué de garder du bétail toute la journée. Je veux être comme le docteur qui est à Tombouctou. Tu ne vois pas ? Il est assis toute la journée dans un bureau et ne se contente que d’établir des certificats de décès.

 Raynatou s’était toujours contentée de peu et en était heureuse. Mais hélas !, elle n’avait pas pu inculquer cette philosophie de la vie à ses deux garçons.

Ce pays était l’enfer sur terre. Cheick y avait eu une maladie que jamais il n’aurait contractée s’il était resté près d’elle. Il y avait vécu très longtemps et s’il y avait été heureux, jamais il ne se serait auto détruit comme il l’avait fait. Si ce n’était pas qu’il y vivait comme un miséreux, pourquoi ne leur avait il jamais écrit ne serait qu’une seule lettre ? Sinon en raison de sa honte de n’avoir pas pu y réaliser quoi que ce soit ? Et de devoir mentir à sa famille ?

Souleymane était naïf et n’avait pas assez réfléchi. Il s’était contenté des quelques bons souvenirs d’aventures que son frère avait pu lui raconter pour se forger une opinion et tenter la même chose.

 

- Ainsi soit-il

 Elle avait prononcé ce même mot des années auparavant et elle le répétait aujourd’hui encore. Mais elle n’y pouvait rien, les choses s’imposaient à elle. Il ne lui restait plus qu’à prier Dieu pour que son fils lui revienne peut être un jour…

 

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